Les adjectifs dithyrambiques pleuvent sur Twitter. Standing ovation dans la salle du Pathé Wepler pleine à craquer pour l’occasion. Et pour cause, difficile de ne pas se sentir scotchés à la fin de ce film ovni. Alfonso Cuaron signe avec Gravity la naissance d’un nouveau style de science- fiction.

Mais est-ce de la science-fiction ? Ou un film catastrophe ? Ou un film métaphysique ? Le genre est indéfinissable. Gravity nous rappelle les blockbusters américains, car on a une empathie naturelle pour les personnages, l’histoire suit un schéma classique. Mais le film surprend par la qualité de la réflexion, par ce qu’il interroge, pour les angoisses enfouies en nous qu’il réveille.

Angoisse intergalactique

Le trailer laissait difficilement de marbre, on comprenait déjà que Cuaron n’allait pas nous montrer des astronautes crapahutant joyeusement à la recherche de la soucoupe d’E.T. On suivra donc deux astronautes, momentanément apatrides et sans communication avec la Terre, perdus dans l’espace après un accident qui nous a glacé le sang.

 
Nous n’allons avoir que 5 minutes pour savourer, comme des enfants, la beauté de la planète bleue, de corps sans pesanteur et de l’espace infini.

Ces 5 minutes sont les 5 premières minutes du plan-séquence stellaire et majestueux de 20 minutes par lequel Cuaron entame son film, plan-séquence qui va nous amener jusqu’au bout de l’effroi. Le film d’ailleurs ne nous laissera pas beaucoup de répit car ce sera ensuite un enchaînement rocambolesque, épique et fascinant.

En suivant la trajectoire spatiale de Sandra Bullock, le film déroute car il mixe aisément épopée et film catastrophe (parfois, on le regrette, saupoudré de bons sentiments ) tout en nous proposant une réflexion sur la naissance de la vie sur terre et sur le sens qu’on peut accorder à la mort, à la matière, au vide.

Une réflexion au service de la quelle Cuaron met la technologie

Ici la technologie est au service de la narration : elle n’est pas qu’un effet spécial, elle est intégrée dans le film comme la seule façon dont peut l’interpréter et le vivre. Elle est un personnage du film, car elle est le vide de l’hyper espace,  qui emporte les deux astronautes incarnés par Bullock et Clooney. Elle sur-signifie également le silence inquiétant qui est celui de l’espace. Pendant 1h30, ce sera donc respirations, cris et vibrations (ponctués parfois d’une musique tonitruante et qui aurait gagné à s’effacer davantage) habitant le cinéma tout entier grâce à l’équipement Dolby Atmos de la salle.

La 3D va aussi dire au spectateur comment ressentir le film ; on est immergés  à leurs côtés pendant 1h30, les objets se rapprochent de nous, nous caressent, les obstacles nous agressent, le vide nous angoisse profondément. La 3D dans Gravity c’est aussi la dictature de l’émotion, mais quelle émotion !

Du coup, il y a quelque chose d’enfantin, dans ce ce que le spectateur ressent. On y retrouve un premier degré de gamin fasciné par l’espace, sauf qu’ici Cuaron jouerait plutôt les magiciens maléfiques, qui va retourner cette naïveté pour la transformer en une angoisse continue.

Gravity est donc un film qu’il faut voir, pour comprendre ô combien la technologie est intéressante à utiliser dans une démarche d’auteur. C’est aussi un film à voir pour retrouver l’enfant en nous, pour retrouver intactes nos grandes angoisses et toute l’émotion qu’un film peut créer.

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